Diesel russe : Trump lève des sanctions, mais l’effet sur les prix paraît faible
Washington autorise le gazole russe jusqu’au 7 avril pour faire baisser les prix avant le 3 novembre, mais des experts jugent l’effet faible face au marché.
Vendredi, Donald Trump a annoncé un arrangement avec Vladimir Poutine pour écouler massivement du diesel russe aux États-Unis et ailleurs, au prix d’une levée de sanctions contre Moscou.
En bref
- Le président américain a présenté l’affaire sur son réseau Truth Social comme le fruit d’une négociation directe avec son homologue russe.
- Les marchés ont réagi aussitôt à l’annonce, mais les spécialistes relativisent.
- Le président ukrainien évoque des « dommages considérables » sur le réseau électrique, et Kiev craint de revivre l’hiver dernier.
Une autorisation temporaire signée par Washington
Le président américain a présenté l’affaire sur son réseau Truth Social comme le fruit d’une négociation directe avec son homologue russe. Le Kremlin n’a pas démenti, bien au contraire : il a redit que la Russie souhaitait approvisionner les marchés américain et mondial en pétrole et en produits raffinés, et il a repris à son compte les volumes annoncés par la Maison Blanche. Aucun texte d’accord signé n’a toutefois été rendu public ; ce que l’on connaît repose sur les déclarations des deux capitales.
Le volet juridique, lui, est concret. Le ministère américain des Finances a accordé une autorisation provisoire pour la mise sur le marché de gazole russe, et le Trésor a fixé une échéance : l’importation reste permise jusqu’au 7 avril de l’an prochain. Cette dérogation touche un pilier du dispositif occidental, puisque les sanctions sur les hydrocarbures russes ont pour but de rendre plus difficile le financement de la guerre lancée contre l’Ukraine en février 2022. Comme le rapporte Le Dauphiné libéré, la décision a été accueillie avec colère à Kiev.
Le calendrier des livraisons annoncé par Donald Trump
Les volumes avancés se présentent par paliers successifs, selon le message du président américain.
| Étape | Volume annoncé |
|---|---|
| Livraison immédiate | plus de 300 000 tonnes |
| Novembre | 500 000 tonnes supplémentaires |
| Juste après | 1 000 000 de tonnes |
| Selon l’état des raffineries russes | 3 000 000 tonnes |
Le dernier palier reste conditionné : il dépend de la capacité des installations russes à produire, ce qui en fait une promesse plus incertaine que les premières étapes.
Un pari sur les prix avant les élections de mi-mandat
Le calcul politique ne se cache pas. Donald Trump veut faire reculer les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre. Il l’a lui-même formulé : « Faire baisser les prix pour les Américains, en particulier pour nos formidables agriculteurs, éleveurs et chauffeurs routiers, est ma priorité absolue ».

Le contexte explique cette urgence. Depuis les bombardements du 28 février qui ont ouvert le conflit entre les États-Unis et Israël d’un côté, l’Iran de l’autre, le gazole a flambé. Les marchés ont réagi aussitôt à l’annonce, mais les spécialistes relativisent.
Autrement dit, la première livraison pèse à peine plus qu’un jour et demi d’exportations américaines de diesel. D’où le verdict de Rory Johnston, qui fonde le site CommodityContext.com et suit de près le marché pétrolier :
« Je ne saurais trop insister sur le fait que c’est du vent »
Rory Johnston, fondateur de CommodityContext.com
La Maison Blanche préparerait une autre arme. D’après trois sources proches de l’industrie, Donald Trump entendait publier une directive pour encadrer les prix du gazole, en s’appuyant sur la loi sur la production de défense. Pour un automobiliste français ou bordelais, rien n’indique à ce stade un effet à la pompe.
À Miami, des négociations percutées par l’annonce
Le moment choisi a aggravé la colère ukrainienne. L’annonce est tombée le jour même où reprenaient à Miami les discussions entre Américains et Ukrainiens, avec des conseillers à la sécurité nationale de plusieurs pays européens. La délégation de Kiev y a rencontré Steve Witkoff et Jared Kushner ; il a été question de préparation à l’hiver, de garanties de sécurité et de sécurité sur le long terme. Volodymyr Zelensky, président ukrainien, a réagi sans détour : « Ce n’est certainement pas honnête, c’est certainement indigne de nos partenaires, et c’est, à mon avis, une décision faible ».
Sur le terrain, le bilan s’alourdit. Depuis mercredi, les attaques russes ont tué environ 60 personnes en Ukraine, dont au moins 30 jeudi à Kramatorsk, où une frappe a atteint deux bus, selon Sud Ouest. Le président ukrainien évoque des « dommages considérables » sur le réseau électrique, et Kiev craint de revivre l’hiver dernier. À l’ONU, le sous-secrétaire général Khaled Khiari a averti que « Les habitants de Kiev et d’autres grandes villes pourraient être plongés dans l’obscurité et affronter un froid extrême cet hiver si ces attaques ne cessent pas immédiatement ».
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Engin Akyurt. Licence Pexels.
